Le cristal, le sémillon et un premier cru de 1855
Bommes n'est pas une destination, c'est une commune de vignes entre Sauternes et Langon, où les rangs descendent vers le Ciron. Château Lafaurie-Peyraguey y produit un premier grand cru classé depuis le classement de 1855, et c'est ce domaine que Lalique a repris pour en faire, en plus d'une propriété viticole, une maison de treize chambres. Le corps de logis ancien a gardé sa silhouette ; le cristal, lui, s'est glissé partout, des consoles aux poignées de porte. On dort au milieu d'un vignoble en activité, avec une cave de trois cent cinquante mille bouteilles sous les pieds.
Pourquoi nous avons retenu cette adresse
La première raison est la cohérence : rares sont les maisons où le lieu, le vin et la table racontent exactement la même chose. Ici, le domaine produit le sauternes, la cuisine le travaille et la cave le conserve. La deuxième est la table elle-même, dirigée par Jérôme Schilling, Meilleur Ouvrier de France, deux étoiles au Guide Michelin, qui construit sa carte autour des accords avec le liquoreux plutôt qu'à côté. La troisième est l'échelle : treize chambres et suites, quarante couverts au restaurant, une maison que l'on occupe sans la partager avec deux cents personnes. Le parti pris décoratif de la verrerie fait le reste.
Pourquoi cet emplacement
Sauternes est un pays de vignes basses et de brumes matinales, celles du Ciron, qui font naître la pourriture noble dont dépend le vin. Depuis le château, on rejoint les autres crus classés par de petites routes, on marche dans les rangs, on emprunte un vélo pour pousser jusqu'aux villages voisins. Bordeaux est à moins d'une heure de voiture, Langon et sa gare à quelques minutes, la vallée de la Garonne juste en contrebas. Ce que l'emplacement impose : la campagne viticole n'offre ni commerces ni animation de soirée, et la voiture reste la règle pour circuler d'un domaine à l'autre.
L'essentiel en bref
Prix : luxe
Ambiance : château viticole, cristal Lalique, silence des vignes
Chambres : treize chambres et suites, de la supérieure au duplex Bacchantes
Pour qui : amateurs de vin, séjours gastronomiques, couples
Ce que nous préférons : le plafond de la salle à manger et ses cent vingt feuilles de sémillon en cristal doré
Table : restaurant Lalique, deux étoiles au Guide Michelin, chef Jérôme Schilling, quarante couverts, accords construits autour du sauternes
Services : dégustations et visites de chai sur place, cave de trois cent cinquante mille bouteilles, salle de fitness, parking privé gratuit
À proximité : crus classés de Sauternes et de Barsac, Langon, vallée de la Garonne, Bordeaux
Treize chambres dans un château de vignerons
Treize chambres et suites, c'est peu, et c'est ce qui donne à la maison son atmosphère de propriété plutôt que d'hôtel. Les catégories vont de la chambre supérieure à la suite, jusqu'au duplex Bacchantes qui emprunte son nom à l'un des motifs les plus connus de la verrerie. Le décor reprend partout la même idée : mobilier dessiné pour les lieux, pièces de cristal posées sur les consoles, détails de verre jusque dans la quincaillerie. Les fenêtres donnent sur le vignoble ou sur la cour. L'ensemble se visite presque autant qu'il se loge.
Une table pensée pour le sauternes
La salle à manger occupe cent trente mètres carrés répartis entre le bâtiment ancien et une extension signée Mario Botta, pour quarante couverts seulement. Le plafond y porte cent vingt feuilles de sémillon en cristal doré, hommage direct au cépage du domaine. Jérôme Schilling travaille le sauternes autrement qu'en fin de repas : infusion, macération, fermentation, cristallisation, le vin entre dans les plats au lieu de les accompagner de loin. Le chef sommelier construit les accords avec le domaine et ses voisins. Le service ne couvre pas toute la semaine : mieux vaut vérifier les jours d'ouverture avant de réserver.